sous la peau les mots

et réciproquement.

04 juillet 2009

Je n'aurai plus jamais sept ans.

Il y a quatre ans, j'avais écrit un texte sur le lien étrange que j'ai toujours eu avec les boulangers. La caverne d'ali baba pour moi était forcément celle d'un boulanger...pleine de trésors, d'odeurs, de saveurs, de secrets transmis au petit matin dans des chuchotis mystérieux et des gestes encore plus secrets.

Depuis maintenant 2 mois mon boulanger, à vendu. Jamais plus je ne trouverai ce gout si particulier..jamais plus je n'aurai sept ans..à présent.

J'ai sept ans

 

 

J'ai sept ans. Les mains encore pleines de caramel et les doigts qui pèguent.

 

Quand je pense que certains s'agitent à grand coups de bistouris et d'injections pour retrouver une illusion de jeunesse...Moi je vais à la boulangerie du village. Tout simplement.

 

C'est important le boulanger dans le coeur d'un village. A chacun de mes déménagements, j'ai invariablement écumé les ruelles pour trouver mon nouveau lieu de culte personnel. J'ai ainsi en mémoire des centaines d'odeurs qui flânent, entre les images des souvenirs.

 

La boulangerie qui accompagna ma première année de lycée. Et Serge, ce boulanger un peu rude aux sourcils broussailleux et aux tatouages impressionnants. Elle était facile à repérer la boulangerie de Serge. Il suffisait de remonter la longue file d'attente qui traçait une étrange arabesque humaine sur le trottoir étroit. A la sortie des cours, nous traversions juste la rue pour aller rassasier nos corps d'ados affamés. Il faisait une pizza qui constituait le délice ultime du quartier. La demande était telle, que Serge ne pouvait fournir assez vite aux heures de pointes. Alors les habitués et les petits futés prenaient soin de passer commande bien plus tôt dans la journée...Nous n'avions plus ensuite qu'a prendre livraison de notre commande sous le nez frémissant d'envie des pauvres hères qui eux..n'avaient point prévu la chose. Cette pizza devint même enjeu de baby foot un temps !

 

Il y eu celle qui sentait la violette. Petite boulangerie ancienne littéralement encastrée entre deux banques. Un rocher de couleur parmi la grisaille. La patronne était une inconditionnelle de l'imagination et des mots. Aussi la boutique était décorée de vieilles ardoises d'écoliers, sur lesquelles elle traçait à la craie des poésies, au gré de ses envies. Même ses productions n'échappaient pas au phénomène. Ainsi les pains au chocolat pouvaient se transformer en "Radeaux Picasso". Entrer dans cette boulangerie, pour les adultes comme pour les enfants c'était partir en voyage..et rire. Accompagné par le parfum de violette de la dame en question.

 

Je garde en souvenir également cette autre où en deux ans je n'ai jamais vu de pain attendre en rayon. Aussitôt cuit, aussitôt dévoré. D'ailleurs c'était plutôt les clients qui attendaient la fournée suivante que l'inverse. Cette boulangerie avait également une caractéristique que peu de personnes connaissaient..Tous les soirs, le patron ouvrait son arrière cour, et offrait les invendus du jour aux personnes qui n'avaient pas la chance de posséder un chez-soi parfumé à la sécurité. Il le faisait, simplement, avec pudeur, et bien des fois, il à repoussé la faim..

 

Enfin, une boulangerie garde une place un peu à part dans mon coeur. A l'époque nous vivions à la périphérie de la ville, et tous les samedis, ma mère prenait la voiture pour m'emmener quelques villages plus loin acheter du pain pour la semaine. Cette boulangerie n'était pas vraiment tout prêt de l'endroit où nous vivions, mais le village portait un nom qui me faisait rêver. Au ciel, aux étoiles..de celles qui choisissent un jour de se poser. Nous achetions un pain italien en forme de papillon, saupoudré de graines de sésame et de pavot. J'adorais grignoter le dessus pour recupérer les graines et les sentir éclater sous mes dents..

 

Et puis, avec les années, et les changements d'adresse, nous avons cessé d'aller là bas. Je n'avais pas oublié le petit pont, le cours d'eau qu'il surplombait, et la boulangerie au pain papillon.

 

Il y a un peu plus de deux ans (aujourd'hui 6 ans..), j'ai rencontré un terrestre extra. Du coup, je l'ai adopté et réciproquement..Imaginez ma surprise quand j'ai découvert qu'il vivait précisément dans ce village. Pas très loin du petit pont, et de la boulangerie de mon enfance...

 

Les propriétaires ont changé, les formes des pains aussi. Mais la transmission des secrets s'est faite...et ils font toujours de fabuleux prussiens, ces palmiers feuilletés recouverts de sucre caramélisé..

 

Aussi si je vous dis que j'ai sept ans aujourd'hui...

Posté par souslesmots à 15:27 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

je comprends ta nostalgie, cela m'a fait la même chose lorsque la grande pâtisserie qui faisait aussi office de salon de thé de ma ville a été remplacée par un magasin d'une chaîne de sport... c'était là le lieu de tant de souvenirs d'enfance, de goûter avec ma grand mère où elle se délectait de croissants tellement bons qu'on aurait dit une pâtisserie !
les souvenirs olfactifs et papillaires (ça se dit ça) sont si forts, et synonymes d'enfance. Peut être que le boulanger aura laissé son livre de recettes traîner dans un coin...
je t'embrasse

Posté par venise, 05 juillet 2009 à 10:14

je comprends ta nostalgie, cela m'a fait la même chose lorsque la grande pâtisserie qui faisait aussi office de salon de thé de ma ville a été remplacée par un magasin d'une chaîne de sport... c'était là le lieu de tant de souvenirs d'enfance, de goûter avec ma grand mère où elle se délectait de croissants tellement bons qu'on aurait dit une pâtisserie !
les souvenirs olfactifs et papillaires (ça se dit ça) sont si forts, et synonymes d'enfance. Peut être que le boulanger aura laissé son livre de recettes traîner dans un coin...
je t'embrasse

Posté par venise, 05 juillet 2009 à 18:19

J'aime beaucoup ce texte tout en douceur (dans tous les sens du terme !!!)Ca donne envie de les visiter toutes ces boulangeries et de croquer le sucre du pain papillon, de la gourmandise poétique, ahlala ! C'est dommage qu'ils aient vendu ... Mais je suis certaine que tu vas en dénicher une autre de boulangerie régressive !!!

Posté par Mariposa, 06 juillet 2009 à 17:51

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