sous la peau les mots

et réciproquement.

07 juin 2012

L'autre

IMG_4680Il y a les masques, ceux que l'on apprend, tels des pas de danse bien orchestrés pour ne pas déranger la partition du monde. Il y a ceux que l'on se créé au fil des ans. Pour se protéger, pour instaurer une salutaire mise à distance entre soi et les autres, entre ses émotions et ce qu'il en parait, entre les pensées et une verbalisation pertinente et maîtrisée.

Car voici l'enjeu, la maîtrise.

Chaque fois que j'admire des danseurs voltiger avec aisance et facilité, je sais que j'admire en fait des heures et des heures de travail, des années de maîtrise. Celle qui permet l'illusion de la legèreté. De l'évidence.

Etre artiste c'est tout à la fois refuser les masques, se dévoiler, aller chercher loin, très loin parfois une part de nous pour l'utiliser tel un terreau improbable. Mais c'est aussi composer avec plusieurs êtres. C'est frôler une forme de shizophrénie volontaire. C'est cohabiter avec soi, et un autre. Sans toujours bien être certain de qui est qui.

C'est parfois perdre la maîtrise. Et ne pas être certain de souhaiter la retrouver.

 

Dernièrement, grâce à @ondebranche, j'ai découvert ce texte et depuis il me trotte dans la tête...

"Borges and I (translated from the Spanish) by Jorge Luis Borges

It’s to that other one, to Borges, that things happen. I walk through Buenos Aires and I pause, one could say mechanically, to gaze at a vestibule’s arch and its inner door; of Borges I receive news in the mail and I see his name in a list of professors or in some biographical dictionary. I like hourglasses, maps, eighteenth-century typefaces, etymologies, the taste of coffee and the prose of Stevenson; the other shares these preferences, but in a vain kind of way that turns them into an actor’s attributes. It would be an exaggeration to claim that our relationship is hostile; I live, I let myself live so that Borges may write his literature, and this literature justifies me. It poses no great difficulty for me to admit that he has put together some decent passages, yet these passages cannot save me, perhaps because whatsoever is good does not belong to anyone, not even to the other, but to language and tradition. In any case, I am destined to lose all that I am, definitively, and only fleeting moments of myself will be able to live on in the other. Little by little, I continue ceding to him everything, even though I am aware of his perverse tendency to falsify and magnify.

Spinoza understood that all things strive to persevere being; the stone wishes to be eternally a stone and the tiger a tiger. I will endure in Borges, not in myself (if it is that I am someone), but I recognise myself less in his books than in those of many others, or in the well-worn strum of a guitar. Years ago I tried to free myself from him by moving on from the mythologies of the slums to games with time and infinity, but those games are now Borges’ and I will have to conceive of other things. Thus my life is a running away and I lose everything and everything is turned over to oblivion, or to the other.

I do not know which of the two is writing this piece."

Posté par souslesmots à 20:14 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    je sais je l'ai déjà dit et écrit mais les masques ne sont peut être que les multiples facettes de l'être. Nous ne serons jamais perçus de la même manière par aucun autre humain, tel collègue nous verra ainsi, notre conjoint différemment et le voisin, la boulangère encore autrement. nous ne dévoilons que ce que nous voulons, sans mentir jamais, chacun a sa propre image de nous.

    Posté par venise, 07 juin 2012 à 20:19
  • Être soi avec soi et les autres en soi...Je me souviens de ce que disait un de mes profs, il n'y a pas si longtemps : Je est un Autre...
    Chacun est unique dans sa multiplicité. J'imagine que le tout est de composer avec sans tomber dans la folie. Trouver le juste point entre maitrise et lâcher prise, sans sombrer...
    Ton texte me touche beaucoup

    Posté par Frayer, 10 juin 2012 à 16:22

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